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Lorsqu’on répertorie les dysfonctions sexuelles masculines, dans la catégorie trouble de l’éjaculation n’est retenue le plus souvent que l’éjaculation prématurée. Difficulté qui en obsède plus d’un, et qui pourrait bien, selon des études récentes, pourrait présenter une cause génétique ! Tandis qu’à l’autre extrême, l’éjaculation retardée ainsi que sa « cousine » l’anéjaculation sont complètement négligées au grand dam de ceux qui en souffrent. Pourtant une éjaculation rapide est bien plus naturelle qu’une absence d’éjaculation… Une difficulté peu fréquente Il est vrai que l’éjaculation retardée est relativement rare et ne représente que 3% des dysfonctions sexuelles masculines soit 0.4% de la population masculine. L’anéjaculation se caractérise par une « impossibilité d’avoir une émission de sperme par le méat urétral en dépit d’une érection normale et de stimulations appropriées ». On parle d'éjaculation retardée lors « d’un retard persistant ou répété de l’orgasme et de l’éjaculation après une phase d’excitation sexuelle normale en dépit d’une activité sexuelle jugée adéquate en intensité, en durée, compte tenu de l’âge du sujet ». Bien qu’arrivant à obtenir et à maintenir une érection tout à fait normale, ces hommes ne parviennent pas à l’éjaculation. À quelques détails près, il est possible de mettre en parallèle ce trouble avec la «préorgasmie» de la femme, en ceci qu’ici également, l’excitation et le désir sont bel et bien présents, seule la phase orgasmique étant absente. Il faut faire la distinction entre cette anéjaculation sans orgasme et d’autres troubles comme l’éjaculation rétrograde ou encore l’éjaculation sèche, qui est un orgasme sans éjaculation. Un trouble aux multiples facettes L’anéjaculation peut être :
Un trouble primaire dans l’histoire sexuelle Comme tout trouble sexuel, l’éjaculation retardée ainsi que l’absence d’éjaculation peuvent constituer un trouble primaire dans l’histoire sexuelle. Dans ces cas-là on observe fréquemment certaines inhibitions de la personnalité, des difficultés dans la communication, la peur de perdre le contrôle, autant d’indices de conflits intra-psychiques. Plus rarement, l’anéjaculation résulte d’un mauvais apprentissage de la sexualité : l'homme réussit à se masturber seul jusqu’à l’orgasme et l’éjaculation mais par le biais de moyens non applicables lors de la pénétration coïtale (coups sur la verge, stimulation avec une pression très forte sur la verge...). Pour ce dernier cas, il conviendra alors de rééduquer son sexe et de l’éveiller à d’autres façons d’éprouver le plaisir en couple. Une prise en charge sexothérapeutique du couple est fortement indiquée pour faciliter ce processus. Un trouble secondaire Quand le trouble est secondaire s’il survient après une période de sexualité active sans difficulté d'éjaculation. On recherche alors la présence d’un événement ou d’un épisode de vie stressant ayant pu conduire au déclenchement et à l’installation de la difficulté. Ce stress affecte en général la vie de couple (une infidélité ou une grossesse non désirée, etc…) et l’inconscient installe ce trouble en guise de solution préventive ou même punitive. Quand le problème est compris et surmonté, la reprise des capacités éjaculatoires se fera alors progressivement, dans la confiance et la détente. De rares causes organiques Voici les principales causes organiques que le médecin cherche à identifier en cas d’anéjaculation:
Des anomalies endocriniennes comme l’hypogonadisme et l’hyperprolactinémie peuvent aussi être une cause d’anéjaculation. L’anéjaculation peut aussi être une conséquence d’intervention chirurgicale importante au niveau de la prostate, des voies urinaires ou de la vessie qui a entraîné des lésions musculaires ou neurologiques, ou les deux. Des médicaments peuvent provoquer une anéjaculation, notamment certains hypotenseurs, neuroleptiques, et anti dépresseurs. Il n’existe pas de preuves formelles de la responsabilité de certaines drogues ni des anxiolytiques et barbituriques. Dans ces cas précis, un trouble de l’érection s’associe et prend le pas sur les difficultés éjaculatoires. Certains traitements médicamenteux tels que les psychotropes, les antidépresseurs et les antihypertenseurs peuvent aussi en être la cause. Les causes organiques sont très vite éliminées surtout dans le cas d’éjaculations nocturnes, d’éjaculations possibles par masturbation et encore d’éjaculations sélectives selon les partenaires. Par ailleurs, le vieillissement sexuel par le biais d’une diminution de production et de sécrétion du sperme, peut aboutir à une diminution progressive du volume de l'éjaculat jusqu’à son extinction dans les cas extrêmes. Ainsi, lors d’un assèchement évolutif et progressif de l’éjaculat accompagné d’une diminution des poils pubiens ou d’une gynécomastie (apparition de seins chez l’homme), un défaut d’androgènes ou un excès d’œstrogènes doivent être recherchés afin d’être corrigés si possible. Les causes psychogènes Les causes psychogènes d’un tel trouble sont de loin les plus fréquentes. Ainsi, une difficulté éjaculatoire peut provenir, comme dans les cas d’anorgasmies chez la femme, d’une éducation stricte et rigide où tout plaisir des sens est rendu suspect, d’un milieu familial très imprégné de religion; d’habitudes masturbatoires inusitées ou rarissimes; de sentiments de peur, de dégoût ressentis et surtout de culpabilité vis-à-vis de l’éjaculation elle-même… Un conflit dans le couple ou des difficultés relationnelles s’observent également parmi les causes possibles, telle la peur d’être abandonné (e) ou la crainte de souiller la partenaire. Certaines explications psychologiques et psychanalytiques invoquent la colère et l’agressivité refoulées, la peur de castration, l’homosexualité latente ou patente. La crainte de la procréation associée à l’insuffisance du désir pour la partenaire, le ressenti d’une incompatibilité sexuelle fournissent d’autres explications à ce trouble. On constate en outre que la plupart des hommes souffrant de cette affection présentent une personnalité rigide et compulsive, et redoutent l’orgasme car ils l’assimilent à une perte de contrôle. Le retentissement sur le couple L’absence d’éjaculation s’accompagne souvent d’une absence de jouissance et donc d’une certaine insatisfaction qui pourrait progressivement détourner l’homme de sa partenaire pour des pratiques solitaires plus gratifiantes. À cela s’ajoute la peur de gêner la partenaire ou de lui imposer de longs efforts voués à l’échec. L’homme piégé dans ce cercle vicieux, anticipant la catastrophe, se réfugiera soit dans la fuite de toute activités érotiques en couple et du regard réprobateur de sa partenaire soit dans la simulation de l’orgasme et de l’éjaculation, « pot aux roses » qui n’est découvert que quand le désir d’enfants se manifeste. Il est vrai qu’au sein d’un couple, pouvoir retarder l’éjaculation est considéré en général comme une chance ou un but à atteindre par tous le moyens possibles. Malheureusement, pour certains couples dont l’homme souffre d’éjaculation retardée, ce retard parfois convoité est plutôt vécu comme une malédiction. Sur le plan physique, l’épuisement, la gêne éprouvée du fait d’une lubrification vaginale devenant vite insuffisante occulte le plaisir et la sensation de bien être. Les attitudes des partenaires féminines varient selon leur désir d’enfant et leur implication dans la relation. Si certaines jugent cette anéjaculation sans importance, d’autres se remettent souvent en question et culpabilisent de leur « incapacité » à satisfaire l’autre. De plus, l’absence ou le retard d’éjaculation interpelle sur la santé physique et psychologique de l’anéjaculateur, sur sa fidélité dans le couple et sur sa fertilité à venir. L’éjaculation représente ainsi un indicateur de fertilité et de puissance sexuelle important pour la femme et son absence peut l’influencer dans sa décision d’engagement à long terme. Critère de fertilité mais aussi critère de fidélité, de désir et d’attraction envers la partenaire, l’éjaculation représente ainsi le don et le partage de soi envers l’autre. Son absence incite donc parfois la femme à s’interroger sur son corps, sur sa « désirabilité ». Le ressenti féminin La partenaire de l’anéjaculateur se retrouve dans une relation à l’autre sans repères, sans limites claires pour délimiter la fin de chaque rencontre. Il est d’autant plus difficile pour elle de s’engager dans un acte dont elle anticipe le non-aboutissement sans le comprendre. Un acte dont la finalité se perd dans sa durée illimitée. Alors que faire ? Comment réagir ? Et surtout pourquoi ? Toutes ces questions privent alors la sexualité sa spontanéité et son bien être. Comment se laisser aller en présence de tant d’appréhension et d’incompréhension ? Se vivant coupable et exclue de l’expérience orgasmique de son partenaire, la femme s’exclut peu à peu de l’intimité de son couple afin d’éviter ce rude affront. De plus, l’éjaculation par masturbation ne pourrait être pour elle une solution envisageable à long terme sans l’exclure encore plus de l’équation sexuelle. Ces interrogations si elle ne sont pas exprimées, peuvent altérer sérieusement la relation qui lie les deux partenaires. Ce manque de communication qui s’installe ainsi que l’évitement de toute intimité vouée à l’échec alimentent à eux deux et élargissent la fissure qui les éloigne l’un de l’autre… Les attitudes thérapeutiques Le diagnostic repose sur l'interrogatoire et l'examen clinique qui comporte un examen local, une évaluation de l'imprégnation hormonale, un examen neurologique: sensibilité locale, et réflexes. En cas de doute, le médecin prescrira des examens complémentaires biologiques et neurologiques. Le traitement Dans le cas où aucun des partenaires n’est affecté par ce retard ou cette absence éjaculatoire, il n’est pas nécessaire d’y remédier. Dans les cas de difficulté d’éjaculation psychogène, demander une aide psychothérapeutique de préférence en couple peut apporter beaucoup de réponses et d’éclaircissements. Seront identifiés de prime abord les circonstances réelles et fantasmatiques qui déclenchent une éjaculation afin de déterminer ensuite, si possible, ce qui constitue un obstacle à l’éjaculation. Les thérapies comportementales de couple, associées éventuellement à une psychothérapie facilitent la prise en charge et la résolution du trouble. Leur objectif est de désensibiliser progressivement l'anxiété ou l’inhibition liée à l’éjaculation intra vaginale par des approches comportementales progressives de la situation sexuelle de pénétration. Voici les différentes étapes de la thérapie
Les rencontres sexuelles sont toujours associées à des entretiens en couple afin de dédramatiser la situation, d’analyser les obstacles au fur et à mesure et de rétablir la communication et l’échange. L’hypnose associée à une sexothérapie comportementale de couple permet une resensibilisation générale du corps, en incitant le patient à accepter cette perte de maîtrise de soi ; la communication dans le couple en sort naturellement renforcée . Des résultats tangibles sont obtenus en neutralisant la peur panique de l’éjaculation vaginale, ce qui a pour effet de restaurer pleinement le désir. Cependant, du fait des problématiques psychologiques profondément ancrées et des résistances aux traitements classiques et simplistes, les méthodes psycho dynamiques s’avèrent souvent nécessaires afin d’amener l’anéjaculateur à contrôler ce qu'il associe inconsciemment a l'éjaculation : le refus du don, les risques de donner ou de se laisser aller, la peur d'être « dévoré » etc.. En résumé, c’est sur la perte de contrôle qu’il convient de concentrer les efforts lors du traitement. Les patients souffrant d’anéjaculation ont le plus souvent perdu de vue l’aspect ludique de la sexualité, et restaurer cet esprit de jeu est alors essentiel. Tenter de lui faire évacuer son agressivité est également un aspect important, car cela constitue un préalable essentiel à la « remise en route » des fantasmes érotiques, trop longtemps neutralisés par les obsessions et la culpabilité évoquées. Finalement, travailler sur la peur et l’anxiété liées à l’éjaculation intra vaginale est essentiel à la réussite de la prise en charge.
Il ne faut donc pas hésiter à consulter un sexologue. Dans le cas contraire, on ne se lassera pas de répéter que la voie royale de la résolution des difficultés sexuelles est la communication… Donc, parlez, parlez, parlez…
Dr. Sandrine Atallah
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