Ecrivain pour happy few, Paul Léautaud se retrouve personnage
de cinéma, lui qui haïssait cordialement ce spectacle populaire
! Rappelons que ce misanthrope écrivait chaque jour son «
Journal littéraire », expurgé pour sa parution de
quelques passages jugés par lui « trop vifs ». Ces
passages ont été regroupés après sa mort
et publiés sous le titre « Journal particulier ».
Et c’est celui-ci que Jean-Pierre Rawson a porté à
l’écran. Il n’était pas le premier à
caresser ce projet. Serge Gainsbourg lui-même aurait voulu incarner
Léautaud, il aurait donné à Sabine Azéma
le rôle du « Fléau».
Le Fléau, tel était le charmant surnom de la maîtresse
officielle de l’écrivain. Dans cette « Comédie
d’amour », celle-ci est interprétée par Annie
Girardot, auprès d’un Michel Serrault bourru et marmonnant
à souhait en Léautaud. Aurore Clément complète
le trio dans le rôle de la bibliothécaire Marie Dormoy,
qui fut sa « groupie » à la fin de sa vie. Elle lui
donne sa douceur, son charme, sa collection de sourires.
Il ne faut évidemment pas s’attendre à un film pornographique,
même si le livre adapté ne manque pas de scènes
crues. Outre la description du Paris littéraire des années
30, c’est cette passion des femmes et du sexe chez le sexagénaire
Léautaud qui captive. Sans doute Serrault a-t-il tort de «
faire du Serrault », s’éloignant du même coup
de son modèle. D’un autre côté, il met du
piment dans un film fidèle, honnête, mais qui ne dépasse
pas la dimension d’une trop sage illustration.
Gérard
Lenne