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mise à jour le 4/12/07

LA RAVISSEUSE
Film d’Antoine Santana
Avec Isild Le Besco, Emilie Dequenne
Sortie le 31 août 2005

Note Gérard Lenne, Président du Syndicat français des Critiques de Cinéma


L’époque n’est pas précisée, apparemment la fin du XIXe siècle, 1877 selon le dossier de presse. Le thème est d’emblée cerné, c’est l’institution alors très en faveur (et pourtant restée innommée : le « nourriciat » ?) du recours par les citadins bourgeois à de jeunes nourrices venues de la campagne. Celle-ci a dix-huit ans – le même âge que sa patronne – et elle est incarnée (c’est le cas de le dire) par Isild Le Besco. Foin de toute hypocrisie : la simple idée de voir pendant 1 heure 30 Isild Le Besco jouer la nourrice, avec tout ce que cela suppose dans l’ordre phantasmatique, suscite l’impatience de tout cinéphile normalement constitué. Empressons-nous de dire qu’il ne sera pas déçu du spectacle, exquis de sensualité. Mais le deuxième film d’Antoine Santana ne se contente pas d’esthétiser, il analyse, et ce avec une finesse louable, les rapports de classe et leur violence, à travers l’exploitation de la nourrice par ses employeurs… La connivence (momentanée) de la jeune femme mal mariée (Emilie Dequenne) et de la nourrice contrainte au silence sur ses propres blessures rend plus aiguë encore l’injustice d’une société pourtant placée sous le signe du progrès : voir le culte de l’hygiène défendu par le médecin (Frédéric Pierrot) aux ordres du mari (Grégoire Colin). Inexorable, la logique du récit conduit à une fin dévoilée par le titre. Au passage, nous en aurons beaucoup appris sur un usage si longtemps appliqué en toute bonne conscience. Et la fuite de la « Ravisseuse » résonne comme un cri de la liberté, à la façon de celle de Charlotte Gainsbourg à la fin de « La Petite voleuse ».


Gérard Lenne