L'infidélité
de Constance Par Claude Boiocchi.
On dit souvent des réalisateurs de génie qu’ils brodent
toujours sur le même thème, Adrian Lyne est de ceux-là
! Dans son film "Infidèle" (film américain, sorit
en 2002, disponible en DVD), il met en scène une femme entre deux
âges qui cherche à échapper au poids de la vie quotidienne
en succombant à la passion. Une fois de plus, Adrian Lyne cherche
à souligner les conséquences de l'intrusion de l'autre dans
une petite vie simple : l'attrait irrésistible de l'inconnu venant
révéler une zone de la personnalité jusqu'alors enfouie
de celui ou celle qui tombe sous le charme.
Déjà dans 9 semaines et demi, Kim Basinger voyait sa vie
bouleversée par l'apparition d'un troublant expert de l'initiation
érotique incarné par Mickey Rourke. Dans Liaison Fatale,
Michael Douglas mettait son couple et sa vie en danger en sous estimant
la valeur d'un rapport sexuel avec l'inquiétante Glenn close. C'est
ensuite Demi Moore qui s'est cru capable de sauver son couple de la médiocrité
en négociant un million de dollars une nuit d'amour avec ce diable
de Robert Redford et sa Proposition indécente. Enfin, le remake
réussi du film Lolita de Stanley Kubrik mettait en scène
un Jeremy Irons en train déboussolé, éperdument amoureux
d'une mineure ensorcelante. Aujourd'hui, c'est au tour de Diane Lane,
qui bien que mariée à Richard Gere, un homme bien sous tout
rapport, et déjà maman d'un garçonnet, tente d'alléger
le poids de ses névroses en répondant à l'invitation
au voyage d'un jeune séducteur français pétri de
poésie, Olivier Martinez.
Infidèle apparaît donc comme un classique du genre, une histoire
réaliste d'adultère, dans laquelle on suit une femme en
proie au doute, sorte de personnage bovarien qui aspire à plus
d'émotion et d'action et qui désire plus que tout être
" cueillie " par le désir de l'autre. C'est ainsi que
Diane Lane, prénommée subtilement Constance pour l'occasion,
décide de ne plus être fidèle à ses principes
et à l'idée qu'elle pouvait se faire de son mariage. Elle
confond ainsi l'amour dont les racines sont profondes et la passion captivante
avec un jeune inconnu qui flatte merveilleusement sa beauté en
méprisant cruellement sa personne et son ancrage dans le monde
réel. Voilà donc un personnage féminin, admirablement
filmé et analysé par le réalisateur, qui se voit
dépossédé de son existence par un homme inconsistant,
mais esthète et adorateur de " la " Femme. Pourtant le
fait de céder sur son désir pour transcender la monotonie
et l'inconsistance d'une petite vie bourgeoise annonce le plus souvent
un drame. Car on n'invite pas l'autre à jouer un rôle dans
sa vie sans basculer soi-même dans la tourmente du mensonge et du
dédoublement affectif.
Ainsi de la même façon que le couple formé par Nicole
Kidman et Tom Cruise nous engageait à miser sur sa propre dynamique
pour voler au secours de son bonheur conjugal menacé en s'efforçant
de distinguer la réalité du fantasme dans le pédagogique
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, Infidèle nous incite peut-être
à reconsidérer la valeur de notre existence face au temps
qui passe et qui affadit notre perception des êtres et des choses.
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