accueil
Google
mise à jour le 4/12/07

Incontournable!

 

Gérard Lenne, Président du Syndicat français des Critiques de Cinéma nous fait découvrir ou re-découvrir l'oeuvre de Joao Cesar Monteiro.

 

 

Monteiro l’unique
João César Monteiro est portugais. Disparu en février 2003, ce cinéaste figure parmi ceux qu’on peut sans hésiter qualifier de génie. Regarder un de ses films, c’est entrer dans son univers pour… n’en jamais ressortir, pour peu qu’on soit sensible à l’extraordinaire raffinement de son inspiration pétrie d’humour, d’égotisme et de sensualité. A moins, bien sûr, qu’on ne s’enfuie aussitôt à toutes jambes, mais c’est l’inverse que je vous souhaite : qu’y a-t-il de plus agréable au cinéma qu’un envoûtement irrésistible ?
L’intégrale de Monteiro existe en dvd (un coffret de 11 disques sorti en janvier 2004). Il est plus pertinent cependant de l’aborder par sa déjà légendaire « trilogie ». Tel Montaigne déclarant qu’il était « lui-même la matière de (son) livre », Monteiro est la matière de tous ses films, dont il interprète presque toujours (et en tout cas dans cette trilogie) le protagoniste, alias João de Deus. La fascinante et ascétique maigreur de ce « Jean de Dieu », cousin lusitanien de Nosferatu, n’a d’égale que son accent chantant lorsqu’il profère, sérieux comme un pape, des théories aux circonvolutions insolites.
Au sein de cette œuvre à la première personne, une dimension peu négligeable est occupée par sa propre sexualité, qui s’épanouit sans honte dans le fétichisme, le voyeurisme et l’onanisme. João de Deus observe sa jeune voisine par l’œilleton de la salle de bains dans Souvenirs de la Maison jaune, ce qui est dira-t-on la moindre des choses, mais ce n’est qu’un début car il noue avec les jeunes personnes des liens constamment troublants et émouvants. Il faut l’avoir vu, dans La Comédie de Dieu, devenu glacier à Lisbonne, inciter une mignonne adolescente à prendre son bain dans une baignoire remplie de lait, afin d’utiliser ce lait pour fabriquer des glaces nonpareilles.
Mais le plus fort, dans cet ordre d’idées, est sans doute la scène des Noces de Dieu, où le même personnage se livre à une copulation avec une pulpeuse créature. Il prend le risque de se livrer, d’exposer son corps décharné, contrastant avec celui de la belle. Quand on sait qu’il tournera son dernier film, Va et vient, en phase terminale du cancer qui l’emportera, on mesure que cet artiste d’exception s’est donné tout entier à son art, conscient de tout ce qu’il avait à nous transmettre. Mon but n’est pas de l’analyser davantage ici, mais de vous convier tous à en découvrir par vous-mêmes les mystères.


Gérard Lenne