Le Basic Instinct de Paul Verhoeven fait partie
de ces films mythiques pour lesquels l’œuvre elle-même
finit par être noyée sous sa réputation, son écho
médiatique. Une fois pour toutes, il faudra cependant dépasser
les détails collatéraux (la petite culotte – absente
– de Sharon Stone dans une scène légendaire de commissariat)
pour cerner l’effet foudroyant du film, qui fut de mettre en évidence,
pour la première fois sans doute au cinéma, un personnage
féminin totalement nietzschéen. Catherine Tramell se croit
tout permis parce que tout lui est permis ; sa volonté de puissance
est sans limite, elle ignore avec la même superbe le Code de la
route et le Code pénal. Elle n’obéit qu’à
son « instinct fondamental » (Cf. le titre du film), et
on aurait bien du mal à y démêler l’instinct
de jouissance et l’instinct de meurtre.
La magnifique ambiguïté finale du film de Verhoeven avait
ceci de particulier qu’elle ouvrait la porte à une «
suite » tout en permettant d’en rester là, sur une
vertigineuse incertitude.
On comprend que Verhoeven ait préféré ne pas insister
après cette apogée. Son successeur, Michael Caton-Jones,
est un cinéaste britannique, intelligent et subtil. Aussi l’accusation
immédiate de lourdeur est-elle à nuancer. Les sourires
suscités par telle ou telle réplique, telle ou telle image
référentielle, plus proches souvent de la raillerie que
de la connivence, ne sont sans doute pas exempts de parti pris. Car
l’intérêt majeur de cette « suite »,
puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, réside
moins dans l’anatomie dévoilée de Sharon Stone lors
d’une séquence de jacuzzi coquin, que dans les entrelacs
d’un scénario malin en forme d’exercice de style.
On a ainsi l’impression de jouer, de disputer un match ardu, une
partie d’échecs avec les scénaristes… Lesquels
ont relevé le défi en substituant le chiffre 3 au chiffre
2 : trois suspects cette fois, qu’on ne départage qu’à
la toute fin d’une intrigue plus que tordue. L’important
étant toujours d’être en avance d’un rebondissement…
Gérard Lenne