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mise à jour le 4/12/07

 

 

Sexologie Magazine: Diriez-vous que vous êtes féministe ?

Monique Grande: Féministe oui et non, le terme me gêne un peu parce qu'il me semble trop sectaire et de toute évidence désuet. Nous avons aujourd'hui besoin de dépasser le féminisme qui lutte, revendique une pseudo place de femme. De même défendre l'égalité des hommes et des femmes alors que nous sommes tous si différents ! Égaux certes, mais différents : cela me parait sonner plus juste.
Je me demande même si à notre époque, quand nous réjouissons de célébrer la journée de la femme, nous ne contribuons pas à maintenir sous le joug notre condition féminine, en plaçant sur notre place de femme l'étiquette du maillon faible qu'il faut aider, glorifier ou fêter. Peut-être que cette journée, sur un plan subtil, semble vouloir dire que l'ego des femmes est encore vraiment petit ! Or, il n'existe pas de journée de l'homme ! Il n'en n'ont pas besoin eux, parce qu'ils se reconnaissent depuis des millénaires ! L'émancipation féminine se joue plutôt dans cette différence de dignité vécue de soi à soi. L'émancipation de la femme ne peut donc s'activer que d'elle à elle !
Néanmoins, les mouvements féministes ont joué un rôle primordial parce qu'ils correspondaient à une période de réveil des femmes, c'était comme un passage obligé. Ce féminisme a poussé les femmes à s'ériger et à se redresser afin qu'elles bousculent leurs conditions de vie et dépassent leur sentiment de restriction et d'incomplétude. Alors même que leur homme intérieur s'animait, elles se sont individualisées. Ce processus les a masculinisées et certaines semblent s'être éloignées du même coup de leur féminité (elles ont arboré des vêtements plus masculins, enfilé pantalons et porté cheveux courts) et de leur féminitude (elles ont allumé leur force vive, active, combative, tranchante voir même exigeante !) Force est de constater combien certaines femmes contemporaines cherchent à se réinventer au travers d'une féminité plus douce, plus profonde et plus proche de leur inspiration créative. Et là nous sommes loin des revendications des mouvements féministes !
Le masculin et le féminin existent tous les deux en tant que tels et nous ne sommes faits ni pour vivre seuls, ni pour évoluer constamment dans l'opposition et le combat. La femme a si longtemps éteint ses désirs, ses plaisirs et ses convictions qu'elle s'est retrouvée à un moment piégée par son internie, sa dévotion et ses dépendances. Elle a dû parfois adopter une attitude ferme et déterminée pour se faire entendre. Cette affirmation était légitime et encore aujourd'hui certaines femmes renouent avec leur parole forte pour faire reconnaître leurs droits. Cependant, devenir des femmes fortes n'est pas épanouissant non plus ; au contraire être contre les hommes semble nous rendre rebelles et forcément insatisfaites !
Si le féminisme stimule l'envie de vouloir être contre les hommes ou comme eux, cela ne peut que nous éloigner de notre vraie nature et de nos qualités spécifiques. De plus, revendiquer une place aux autres évite de se la donner par soi-même ! De là à penser qu'être « plein de son féminin » est le meilleur remède pour sortir de l'esclavage, il n'y a qu'un pas !
Il existe donc une féminité pleine et à l'opposé, une féminité vide, dont le manque pleure ce que la femme ne s'est pas donnée à elle-même. C'est aux femmes contemporaines de constater où elles en sont de leur vide ou de leur plénitude ! Et cela ne peut passer que par la reconnexion à leur féminitude, c'est-à-dire en repassant par leur propre aventure intérieure afin d'y puiser force et originalité pour se réinventer chacune à leur manière.
Dans mon travail quotidien auprès des hommes et des femmes, mon rôle ne consiste pas à être féministe ou non, mais plutôt de me placer en tant qu'accoucheuse, de facilitatrice pour stimuler les différentes créations que chacun désire enfanter dans sa propre vie. Chaque femme et chaque homme se trouve à des stades différents mais le fait même de se dire oui à soi-même permet d'apprendre à mieux s'aimer, à mieux rencontrer l'autre et donc à dé cristalliser la guerre des sexes ! C'est le pilier essentiel de la naissance à soi-même et de l'amour sur un plan plus vaste. C'est là que l'on peut reparler de parité et d'alliance. A l'époque actuelle, il semble que les hommes et femmes cherchent avant tout à mieux se comprendre ; peut-être pourront-ils ensuite générer de nouveaux élans de création. Dans cette nouvelle réalité, les anciennes féministes semblent plutôt destinées à s'ouvrir et à s'allier avec les hommes.


Mais ce qui me plaît dans le terme féministe, c'est le fait de se pencher spécifiquement sur la psyché féminine afin d'en saisir à la fois ses méandres et son potentiel. Nous sommes en train de découvrir combien les hommes et les femmes fonctionnent différemment. Se pencher de plus près sur nos comportements féminins permet de fortifier l'union avec le masculin, en soi comme avec l'autre. De ce côté-là je veux bien être féministe, pour faire en quelque sorte un zoom et m'approcher de plus près du souffle féminin afin d'en révéler toute l'essence, l'originalité et la richesse !

 

 

 

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