Sexologie
Magazine: Diriez-vous
que vous êtes féministe ?
Monique
Grande: Féministe
oui et non, le terme me gêne un peu parce qu'il me
semble trop sectaire et de toute évidence désuet. Nous
avons aujourd'hui besoin de dépasser le féminisme qui
lutte, revendique une pseudo place de femme. De même défendre
l'égalité des hommes et des femmes alors que nous sommes
tous si différents ! Égaux certes, mais différents
: cela me parait sonner plus juste.
Je me demande même si à notre époque, quand nous
réjouissons de célébrer la journée de
la femme, nous ne contribuons pas à maintenir sous le joug
notre condition féminine, en plaçant sur notre place
de femme l'étiquette du maillon faible qu'il faut aider, glorifier
ou fêter. Peut-être que cette journée, sur un plan
subtil, semble vouloir dire que l'ego des femmes est encore vraiment
petit ! Or, il n'existe pas de journée de l'homme ! Il n'en
n'ont pas besoin eux, parce qu'ils se reconnaissent depuis des millénaires
! L'émancipation féminine se joue plutôt dans
cette différence de dignité vécue de soi à
soi. L'émancipation de la femme ne peut donc s'activer que
d'elle à elle !
Néanmoins, les mouvements féministes ont joué
un rôle primordial parce qu'ils correspondaient à
une période de réveil des femmes, c'était comme
un passage obligé. Ce féminisme a poussé les
femmes à s'ériger et à se redresser afin qu'elles
bousculent leurs conditions de vie et dépassent leur sentiment
de restriction et d'incomplétude. Alors même que leur
homme intérieur s'animait, elles se sont individualisées.
Ce processus les a masculinisées et certaines semblent s'être
éloignées du même coup de leur féminité
(elles ont arboré des vêtements plus masculins, enfilé
pantalons et porté cheveux courts) et de leur féminitude
(elles ont allumé leur force vive, active, combative, tranchante
voir même exigeante !) Force est de constater combien certaines
femmes contemporaines cherchent à se réinventer au travers
d'une féminité plus douce, plus profonde et plus proche
de leur inspiration créative. Et là nous sommes loin
des revendications des mouvements féministes !
Le masculin et le féminin existent tous les deux en
tant que tels et nous ne sommes faits ni pour vivre seuls, ni pour
évoluer constamment dans l'opposition et le combat. La
femme a si longtemps éteint ses désirs, ses plaisirs
et ses convictions qu'elle s'est retrouvée à un moment
piégée par son internie, sa dévotion et ses dépendances.
Elle a dû parfois adopter une attitude ferme et déterminée
pour se faire entendre. Cette affirmation était légitime
et encore aujourd'hui certaines femmes renouent avec leur parole forte
pour faire reconnaître leurs droits. Cependant, devenir des
femmes fortes n'est pas épanouissant non plus ; au contraire
être contre les hommes semble nous rendre rebelles et forcément
insatisfaites !
Si le féminisme stimule l'envie de vouloir être contre
les hommes ou comme eux, cela ne peut que nous éloigner de
notre vraie nature et de nos qualités spécifiques. De
plus, revendiquer une place aux autres évite de se la donner
par soi-même ! De là à penser qu'être «
plein de son féminin » est le meilleur remède
pour sortir de l'esclavage, il n'y a qu'un pas !
Il existe donc une féminité pleine et à
l'opposé, une féminité vide, dont le
manque pleure ce que la femme ne s'est pas donnée à
elle-même. C'est aux femmes contemporaines de constater où
elles en sont de leur vide ou de leur plénitude ! Et cela ne
peut passer que par la reconnexion à leur féminitude,
c'est-à-dire en repassant par leur propre aventure intérieure
afin d'y puiser force et originalité pour se réinventer
chacune à leur manière.
Dans mon travail quotidien auprès des hommes et des femmes,
mon rôle ne consiste pas à être féministe
ou non, mais plutôt de me placer en tant qu'accoucheuse, de
facilitatrice pour stimuler les différentes créations
que chacun désire enfanter dans sa propre vie. Chaque femme
et chaque homme se trouve à des stades différents mais
le fait même de se dire oui à soi-même permet d'apprendre
à mieux s'aimer, à mieux rencontrer l'autre et donc
à dé cristalliser la guerre des sexes ! C'est le pilier
essentiel de la naissance à soi-même et de l'amour sur
un plan plus vaste. C'est là que l'on peut reparler de parité
et d'alliance. A l'époque actuelle, il semble que les hommes
et femmes cherchent avant tout à mieux se comprendre ; peut-être
pourront-ils ensuite générer de nouveaux élans
de création. Dans cette nouvelle réalité, les
anciennes féministes semblent plutôt destinées
à s'ouvrir et à s'allier avec les hommes.
Mais ce qui me plaît dans le terme féministe,
c'est le fait de se pencher spécifiquement sur la psyché
féminine afin d'en saisir à la fois ses méandres
et son potentiel. Nous sommes en train de découvrir combien
les hommes et les femmes fonctionnent différemment. Se pencher
de plus près sur nos comportements féminins permet de
fortifier l'union avec le masculin, en soi comme avec l'autre. De
ce côté-là je veux bien être féministe,
pour faire en quelque sorte un zoom et m'approcher de plus près
du souffle féminin afin d'en révéler toute l'essence,
l'originalité et la richesse !

