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mise à jour le 17/12/07

 

 

 

 

 

L’exposition Courbet au Grand Palais, du 13 Octobre 2007 au 28 Janvier 2008 présente dans une mystérieuse pénombre 120 peintures de Gustave Courbet (1819-1877), chef de file de l’expression réaliste, mais aussi précurseur du mouvement impressionniste. La visite commence avec les auto portraits réalisés entre 1840 et 1855, l’interrogation de soi apparaît sous de multiples facettes émotionnelles, chaque toile tente de s’approcher d’une réalité de soi qui toujours s’échappe pour mieux réapparaître sous d’autres traits. Le réalisme de Courbet nous dit toute l’intime légitimité d’un vécu intérieur chaotique ou serein, mais toujours intensément vrai.
L’artiste s’inscrit dans une ligne décalée et choisit de représenter ce qu’il voit au travers d’une interpellation contestataire et non plus en fonction des canons esthétiques alors en vigueur. En 1850, il peint “Un enterrement à Ornans”, une oeuvre de très grand format dans laquelle se conjuguent laideur, méchanceté, désespoir, duplicité sous les traits des notables de la ville et de parents. Cinq ans plus tard, c’est une autre oeuvre qui fait scandale “l’atelier du peintre”, il s’agit en fait d’une allégorie du jugement dernier dans laquelle il se place au centre affairé à son chevalet, un modèle nu penché sur son épaule, à sa droite, les “bons” parmi lesquels on reconnaît son ami Charles Baudelaire, à sa gauche les “méchants”. Le tableau casse tous les codes, à commencer par sa taille réservée aux thèmes historiques. Mais c’est dans l’interprétation du nu féminin que la rupture sera la plus brutale. Il libère son regard des mièvreries de ses contemporains pour peindre des femmes vivantes, vibrantes, dont son regard désirant révèle toute la sensualité. Le choix de l’imperfection des formes de ses “Baigneuses” (1853), l’abandon lascif des deux amies endormies ( “le sommeil”). En 1866, Courbet peint le portrait de Johanna Hiffeman, “La belle Irlandaise” a-t-elle aussi été le modèle de “L’origine du monde”, réalisé la même année? On pourra l’admirer bien à l’abri entre deux cloisons et entouré des oeuvres lui ayant servi de “caches”.
La visite se poursuit avec des paysages empreints de mélancolie, des scènes de chasse que dominent le sentiment d’abandon, le désespoir et l’irrémédiable solitude. Le paroxysme sera atteint dans les natures mortes et les truites, sombres reflets du désaveu de ses engagements politiques qui le conduisent à s’exiler en Suisse où il poursuivra son oeuvre jusqu’à sa mort en 1878.

Catherine Cudicio