L’exposition Courbet au
Grand Palais, du 13 Octobre 2007 au 28 Janvier 2008
présente dans une mystérieuse pénombre 120
peintures de Gustave Courbet (1819-1877), chef de file de l’expression
réaliste, mais aussi précurseur du mouvement impressionniste.
La visite commence avec les auto portraits réalisés
entre 1840 et 1855, l’interrogation de soi apparaît
sous de multiples facettes émotionnelles, chaque toile
tente de s’approcher d’une réalité de
soi qui toujours s’échappe pour mieux réapparaître
sous d’autres traits. Le réalisme de Courbet nous
dit toute l’intime légitimité d’un vécu
intérieur chaotique ou serein, mais toujours intensément
vrai.
L’artiste s’inscrit dans une ligne décalée
et choisit de représenter ce qu’il voit au travers
d’une interpellation contestataire et non plus en fonction
des canons esthétiques alors en vigueur. En 1850, il peint
“Un enterrement à Ornans”, une oeuvre de très
grand format dans laquelle se conjuguent laideur, méchanceté,
désespoir, duplicité sous les traits des notables
de la ville et de parents. Cinq ans plus tard, c’est une
autre oeuvre qui fait scandale “l’atelier du peintre”,
il s’agit en fait d’une allégorie du jugement
dernier dans laquelle il se place au centre affairé à
son chevalet, un modèle nu penché sur son épaule,
à sa droite, les “bons” parmi lesquels on reconnaît
son ami Charles Baudelaire, à sa gauche les “méchants”.
Le tableau casse tous les codes, à commencer par sa taille
réservée aux thèmes historiques. Mais c’est
dans l’interprétation du nu féminin que la
rupture sera la plus brutale. Il libère son regard des
mièvreries de ses contemporains pour peindre des femmes
vivantes, vibrantes, dont son regard désirant révèle
toute la sensualité. Le choix de l’imperfection des
formes de ses “Baigneuses” (1853), l’abandon
lascif des deux amies endormies ( “le sommeil”). En
1866, Courbet peint le portrait de Johanna Hiffeman, “La
belle Irlandaise” a-t-elle aussi été le modèle
de “L’origine du monde”, réalisé
la même année? On pourra l’admirer bien à
l’abri entre deux cloisons et entouré des oeuvres
lui ayant servi de “caches”.
La visite se poursuit avec des paysages empreints de mélancolie,
des scènes de chasse que dominent le sentiment d’abandon,
le désespoir et l’irrémédiable solitude.
Le paroxysme sera atteint dans les natures mortes et les truites,
sombres reflets du désaveu de ses engagements politiques
qui le conduisent à s’exiler en Suisse où
il poursuivra son oeuvre jusqu’à sa mort en 1878.
Catherine Cudicio