| On
communique avec des mots, des signes non verbaux, et tous nos sens
Quand nous parlons, les mots et les phrases constituent le langage verbal,
la qualité de la voix (volume, rythme, timbre, hauteur du son)
représente le langage « para verbal » ; enfin, les
postures, l’occupation de l’espace, les gestes et l’expression
du visage, appartiennent quant à eux au langage « non verbal
».
Il est faux de croire qu’un geste particulier correspond à
un sens précis, si c’était vrai, ce serait très
facile de comprendre les autres. En réalité, tout est lié
: les gestes ponctuent la parole, utilisent l’espace pour dessiner
et décrire ce dont on parle, et renvoient à des connaissances
d’ordre culturel. Les variations de la qualité de la voix,
décrivent les émotions de celui qui parle et les postures
traduisent le rapport à l’environnement. Quelqu’un
qui utilise beaucoup d’espace, fait de grands gestes, bouge beaucoup,
déplace de l’air exprime par ce comportement un besoin d’être
vu, reconnu, remarqué. C’est une manière de dire qu’on
existe et d’obliger les autres à l’accepter.
L’accompagnement non verbal est indispensable à la qualité
de la communication: indiquer un itinéraire sans faire le moindre
tient de la prouesse, exprimer des sentiments d’amour d’une
voix plate et monocorde n’a aucun sens. Un simple haussement d’épaules,
un bâillement, peuvent être aussi blessants que des mots.
Un ensemble gestuel/postural se compose de trois aspects : le caractère
descriptif situe les propos et celui (celle) qui les tient ; la fonction
de ponctuation met l’accent sur l’importance accordée
à certains mots ou phrases ; le sens symbolique révèle
l’état émotionnel et le rapport à l’environnement.
Il existe aussi des gestes dont le sens relève d’une communauté
culturelle et suffisent à exprimer un message : le V de la victoire,
le pied de nez, le bras d’honneur. Certains signes sont porteurs
de malédiction ou de bénédiction… |

Jean-Auguste-Dominique
Ingres
1780-1867
Raphaël
et La Fornarina
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| Être
lisible
Lorsque tous les signes expriment des messages compatibles les uns avec
les autres, la communication est claire, facile à comprendre. Quand
on essaie de masquer une émotion, une partie de celle-ci se glisse
subrepticement dans l’expression non verbale ce qui crée
des incohérences au niveau du comportement global.
Quand il y trop de décalages entre ce qui est ressenti, exprimé,
et compris, la communication devient incompréhensible. Éduqués
à privilégier la compréhension des mots, des phrases,
et à négliger celle des signes qui les accompagnent, nous
limitons considérablement notre intuition relationnelle.
Pour bien comprendre le langage non verbal il ne suffit pas de repérer
quelques éléments jugés plus intéressants
que d’autres: tics de langage, gestes répétitifs.
En effet, un signe (verbal ou non verbal), n’a aucun sens isolé
de son contexte, il peut tout au plus servir de prétexte pour justifier
une interprétation. Le langage non verbal accompagne les mots,
en renforce le sens, ou le commente. S’il entre en contradiction
ou en décalage avec les mots, le non verbal code un double langage. |
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Marinus
Claezson van Reymerswaele
Le
cambiste et son épouse 1539
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Parler
d’une chose pour en dire une autre !
Dans
la communication, il y a une part d’information et une
part de relation, dans les problèmes de couple, c’est
la seconde qui est la plus impliquée.
Décryptons le message suivant:
Monique
hausse les épaules, soupire et s’adresse d’un
ton désabusé et plaintif à son mari qui
lit le journal, et vient de dire:
- Tiens, c’est dans le journal, le nouveau parc d’attractions
vient d’ouvrir, demain, c’est samedi, on pourrait
emmener les gamins…
- Mouais, il fait pas trop moche, mais ça va pas durer,
ça va tourner à l’orage, d’ailleurs,
c’est toujours comme ça, on ne peut pas avoir trois
jours de beau, il faut que cela se gâte!
On a vite compris que ce message n’a aucun intérêt
météorologique, l’accompagnement non verbal
transmet un état négatif, une plainte, une rancœur.
Monique a besoin de se plaindre même si tout va bien,
elle ne s’autorise pas à apprécier l’instant,
sauf à l’intégrer dans une perspective calamiteuse!
Beaucoup de couples pratiquent ainsi un codage métaphorique
de l’information : on parle de la météo
au lieu d’exprimer son insatisfaction, on se dispute à
propos d’argent pour éviter de dire qu’on
manque d’affection, d’attention ou d’amour.
On se sert généralement du codage appris et utilisé
dans le groupe familial d’origine c’est pourquoi
son sens échappe partiellement ou même totalement
à l’autre. De lourdes incompréhensions résultent
et conduisent parfois au conflit, aucun ne voulant admettre
que son mode d’expression n’est pas assez clair
pour l’autre.
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Les différences
d’acuité sensorielle
jouent un rôle très important bien qu’on les ignore
trop souvent tant elles paraissent évidentes et peu dignes d’intérêt.
La méconnaissance des différences d’acuité
sensorielle peut créer des problèmes relationnels.
C’est toi qui vois !
Jean-Claude et Sophie, mariés depuis une quinzaine d’années,
vivent dans l’enfer de la jalousie de Sophie qui épie son
mari à chaque instant, et croit deviner une infidélité
dans chaque regard. S’ils sont ensemble et que passe une femme
susceptible, selon Sophie, d’exciter le désir de son mari,
elle lui fait une horrible scène de jalousie. Pourtant, Jean-Claude
confie:
- Elle ne comprend pas que, même avec mes lunettes, si une fille
passe devant moi, je suis incapable de dire si elle est jolie ou non,
en fait je ne la vois pas! Quand Sophie me fait une scène, j’en
déduis qu’une jolie fille est passée!
En fait, Sophie est incapable de comprendre que son mari perçoit
différemment, elle croit qu’il voit la même chose
qu’elle, et cette version des faits lui tient lieu de réalité.
Même si près d’une personne sur deux porte des lunettes,
il existe encore de grandes inégalités d’acuité
visuelle!
Les différences de perception et d’acuité auditives
sont aussi parfois une source de conflit. Quelqu’un qui parle
fort utilise un volume sonore qui reflète à la fois ses
habitudes culturelles, familiales et son acuité auditive particulière.
Son partenaire peut réagir de façon très négative
à ce parler haut, si, pour sa part, il possède une meilleure
ouïe! Parler fort signifie exprime un désaccord, ou une
certaine agitation, voire de la colère, l’acuité
auditive n’est pas toujours la première explication qui
vient à l’esprit.
Il crie sans arrêt !
Elodie se sent coupable chaque fois que Matthieu, son compagnon,
lui fait une réflexion. En cherchant à comprendre
pourquoi elle dit :
- Quand il me parle, j’ai l’impression qu’il
« m’engueule ». Il crie tout le temps, le ton
de sa voix est toujours comme agressif, ça me fait comme
quand j’étais gamine…
Pourtant, ce n’est pas l’intention de Matthieu qui
est très surpris :
- Moi je n’ai pas le sentiment de crier, encore moins de
« l’engueuler », j’ai toujours parlé
comme ça, bon, je vais essayer de baisser le son !
Enfin, le toucher, le goût et l’odorat exercent une
puissante influence sur le climat relationnel et la sexualité
du couple. La perception des odeurs corporelles par exemple peut
provoquer de la répulsion ou une irrésistible attirance,
elle peut aussi ne pas être perçue du tout par l’un
ou perçue très différemment par l’autre.
Par exemple le toucher représente un moyen de contact très
privilégié, mais, ce qui semble une caresse pour
l’un peut être vécu comme une agression pour
l’autre! Le contact de la peau devient aussi bien source
de plaisir que de gêne ou de douleur.
Certaines personnes ressentent leurs perceptions comme grossies
à la loupe alors que d’autres semblent agir sous
anesthésie! Bien que les différences interindividuelles
ne soient pas un obstacle à l’accord avec le(la)
partenaire, elles ne doivent pas demeurer dans l’oubli.
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Guido
Reni (1575-1642)
Atalante
et Hippomène
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Nous
ne sommes pas égaux sensoriellement
L’écueil majeur consiste à croire que les perceptions
sensorielles sont identiques pour tous, il n’en est rien, non
seulement il existe des différences d’acuité, mais
bien davantage encore des différences d’utilisation.
Faire le
hérisson
Arnaud et Mathilde consultent pour une inhibition du désir sexuel,
ils ne comprennent pas ce qui leur arrive car pour le reste de leur
vie, ils s’entendent très bien, n’ont aucun problème
dans leur vie affective ni dans leur vie professionnelle. Leurs personnalités
sont très différentes, Mathilde se montre en général
plutôt active, extravertie, entreprenante, Arnaud, à l’opposé,
a tendance à se renfermer sur ses difficultés, à
éviter de s’exprimer, comme s’il cherchait à
se protéger. Dans l’intimité, quand elle s’approche
de lui avec tendresse et qu’elle cherche un contact physique,
tout se passe il se sent agressé: il fait le « hérisson
» et refuse le contact ce qui a pour effet de frustrer Mathilde
qui à son tour se replie. Les caresses que prodigue Mathilde
semblent des agressions dans l’expérience d’Arnaud.
Une série d’expériences de cette nature a conduit
Mathilde à inhiber son désir. Arnaud, pour sa part, demande
qu’on lui laisse le temps, il ne refuse pas le contact, bien au
contraire, pourvu qu’il se produise au bon moment (selon lui).
Dans ce cas, il y a à la fois un décalage des perceptions
sensorielles, un décalage dans le temps et le rythme. Arnaud
ne se sent pas prêt lorsque Mathilde le sollicite, il interprète
son comportement comme une menace.
Le couple peut s’enrichir des différences de chacun, apprendre
à les découvrir, les connaître et les apprécier
c’est aussi une manière de s’aimer
Antonio
Canova 1751/1822
Le
baiser d'Amour et Psyché
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