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mise à jour le 4/12/07

 

L’art subtil de l’évocation sexuelle


Est-il, possible que je sois indifférent au spectacle de l’érotisme ? Comment puis-je être excité par un programme aussi extravagant que la pornographie ? Et si l’érotisme et la pornographie nous mettaient en demeure d’identifier les mécanismes déclencheurs de notre excitation sexuelle ?
En tant que spectacle, l’érotisme procure l’étrange sentiment d’être à la fois frustré et privilégié dans la mesure où ce qui se donne à voir est subtilement dosé et harmonieusement distillé. Souvent considéré comme une expression stylisée et artistique, l’érotisme évoque l’acte plus qu’il ne le détaille, il montre les frémissements du plaisir ressenti dans une sorte d’exhibitionnisme poétique librement consenti par les protagonistes. Une ambiance particulière tamise les effets et la nudité se profile au travers d’un filtre qui tempère l’émotion et prolonge l’instant.
La pornographie se veut plus exhaustive et prétend montrer l’acte sexuel dans son intégralité. La dimension esthétique se trouve le plus souvent anéantie par cette démarche souvent obscène dont le flux d’informations dépasse de loin les compétences d’assimilation du spectateur. L’objectif n’est plus de peindre les visions, les réminiscences ni même de retranscrire les fantasmes mais de faire le reportage objectif d’un passage à l’acte scruté par l’œil implacable du pornographe.
Pour distinguer l’érotisme de la pornographie il semble donc nécessaire de situer une zone mitoyenne permettant d’évaluer le glissement progressif d’un genre à l’autre. L’expression pornographique délaisse l’économie de moyen pour offrir au regard un traitement quantitatif et répétitif de la scène en limitant la prise en compte du caractère esthétique et poétique. Certes, le mauvais goût s’invite volontiers dans une œuvre érotique et n’est donc pas réservé aux seuls pornographes. Mais que le style soit grotesque ou non, il faut reconnaître que l’expression érotique n’est pas donnée à n’importe quel amateur ou amatrice. Car le genre érotique nécessite une certaine justesse de ton et un sens de l’expression corporelle qui échappe à la majorité des stars du x. L’art subtil de l’évocation sexuelle reviendrait-il à tenter l’expérience alchimique d’une rencontre heureuse entre la sensualité érotique et l’impudeur pornographique ?

Claude Boiocchi