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L’art
subtil de l’évocation sexuelle
Est-il, possible que je sois indifférent au spectacle de l’érotisme
? Comment puis-je être excité par un programme aussi extravagant
que la pornographie ? Et si l’érotisme et la pornographie
nous mettaient en demeure d’identifier les mécanismes déclencheurs
de notre excitation sexuelle ?
En tant que spectacle, l’érotisme procure l’étrange
sentiment d’être à la fois frustré et privilégié
dans la mesure où ce qui se donne à voir est subtilement
dosé et harmonieusement distillé. Souvent considéré
comme une expression stylisée et artistique, l’érotisme
évoque l’acte plus qu’il ne le détaille, il
montre les frémissements du plaisir ressenti dans une sorte d’exhibitionnisme
poétique librement consenti par les protagonistes. Une ambiance
particulière tamise les effets et la nudité se profile au
travers d’un filtre qui tempère l’émotion et
prolonge l’instant.
La pornographie se veut plus exhaustive et prétend montrer l’acte
sexuel dans son intégralité. La dimension esthétique
se trouve le plus souvent anéantie par cette démarche souvent
obscène dont le flux d’informations dépasse de loin
les compétences d’assimilation du spectateur. L’objectif
n’est plus de peindre les visions, les réminiscences ni même
de retranscrire les fantasmes mais de faire le reportage objectif d’un
passage à l’acte scruté par l’œil implacable
du pornographe.
Pour distinguer l’érotisme de la pornographie il semble donc
nécessaire de situer une zone mitoyenne permettant d’évaluer
le glissement progressif d’un genre à l’autre. L’expression
pornographique délaisse l’économie de moyen pour offrir
au regard un traitement quantitatif et répétitif de la scène
en limitant la prise en compte du caractère esthétique et
poétique. Certes, le mauvais goût s’invite volontiers
dans une œuvre érotique et n’est donc pas réservé
aux seuls pornographes. Mais que le style soit grotesque ou non, il faut
reconnaître que l’expression érotique n’est pas
donnée à n’importe quel amateur ou amatrice. Car le
genre érotique nécessite une certaine justesse de ton et
un sens de l’expression corporelle qui échappe à la
majorité des stars du x. L’art subtil de l’évocation
sexuelle reviendrait-il à tenter l’expérience alchimique
d’une rencontre heureuse entre la sensualité érotique
et l’impudeur pornographique ?
Claude Boiocchi
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